Le vertige d’un premier plan : l’événement d’un cinéma mutant
La première fois que j’ai vu « Le Règne animal », c’était une pluie lente sur l’asphalte, un couloir d’hôpital, et cette tension sourde, palpable, comme une membrane prête à se rompre. Le décor n’avait rien d’exotique, ni d’apocalyptique, rien des mirages habituels du fantastique hexagonal, trop souvent cantonné à la marge, à ces réserves étiquetées « genre français ». Au contraire : un territoire connu, reconfiguré sous nos yeux. Dès ce plan inaugural, Thomas Cailley, le réalisateur, installait tout : la peur, l’étrangeté, la douceur inquiète d’un monde traversé par la métamorphose.
Sorti en octobre 2023 et présenté en ouverture d’Un Certain Regard à Cannes (source : Festival de Cannes), « Le Règne animal » n’est pas un fantasme de cinéphile mais un véritable séisme dans le paysage du fantastique en France. Avec près de 720 000 entrées en salles (CBO Box-office), le film a su fédérer critique et public — ce qui demeure, en France, un petit exploit pour un long-métrage hybride, à mi-chemin entre le film d’auteur, le drame familial et la fable organique.