Ce qui éclaire l’écran : films essentiels à découvrir en salle ce mois-ci

29 décembre 2025

1. Entre vertige et mémoire : l’expérience “Furiosa : Une saga Mad Max”

Il y a des films où le vacarme du monde moderne redevient une fureur mythique. “Furiosa : Une saga Mad Max”, prélude signé George Miller, en est l’illustration vibrante (Warner Bros, sortie : 22 mai 2024). Le cinéaste australien, 79 ans cette année, remonte le courant de son propre univers post-apocalyptique, offrant à Anya Taylor-Joy et Chris Hemsworth des personnages aussi telluriques que baroques.

  • Sensations en salle : Ici, chaque moteur qui gronde, chaque granule de sable qui ricoche contre la carrosserie, exige la puissance d’un système Dolby. Le montage syncopé, héritage de Margaret Sixel, épouse le chaos et impose le grand écran comme seul écrin.
  • À noter : “Furiosa” s’inscrit à la 75e édition du Festival de Cannes (hors compétition), affichant la confiance du circuit festivaliers envers le blockbuster intelligent (source : Festival de Cannes).
  • Pourquoi ne pas le manquer : Sa photographie psychotrope, ses cascades démentes (quasi toutes tournées en réel), sa réflexion sur la survie et la soif de justice font de “Furiosa” un pilier de l’année.





2. Au fil des silences : “Un p’tit truc en plus”, la surprise qui touche juste

Parfois, un film surgit sans tapage mais touche une corde rare. “Un p’tit truc en plus”, comédie réalisée par Artus (sortie : 1 mai 2024), a bousculé le box-office avec plus de 4,4 millions d’entrées (chiffres CNC au 10 juin 2024), s’inscrivant comme le succès populaire inattendu du printemps.

  • Le pitch : Une cavale rocambolesque où un duo de braqueurs se réfugie dans une colonie de vacances pour personnes en situation de handicap, bouleversant par son humour mais surtout sa justesse de ton.
  • Enjeux de représentation : Rares sont les films français qui osent autant l’inclusion sans pathos, avec des comédiens non-professionnels irradiant d’authenticité (source : Le Monde).





3. Quand le cinéma éclaire le réel : “La Planète des singes : Le Nouveau Royaume”

Le cinéma de genre, parfois, raconte tout de l’époque sous un masque. C’est ce que propose “La Planète des singes : Le Nouveau Royaume”, quatrième volet de la saga “rebootée” par la Fox (sortie : 8 mai 2024). Wes Ball, héritier de Matt Reeves, pousse plus loin encore la motion capture, faisant vibrer la frontière entre réel et virtuel.

  • Une prouesse technique : Plus de 2 000 plans truqués, des séquences créées en performance-capture intégrale – Andy Serkis, pionnier du genre, n’en est plus la figure mais l’ombre de sa méthode demeure (source : Première).
  • Lecture contemporaine : Derrière la métaphore simienne, c’est l’angoisse écologique, la survie des genres et l’héritage qui se jouent à ciel ouvert.





4. Vertiges intimes : “Marcello Mio” de Christophe Honoré

Peut-on, par le cinéma, ressusciter les fantômes de notre histoire familiale et collective ? Christophe Honoré tente l’expérience avec “Marcello Mio” (sortie : 22 mai 2024), film-miroir où Chiara Mastroianni incarne son propre père Marcello – ou, du moins, sa présence diffuse, vaporeuse.

  • Un objet rare : Entre docufiction et comédie élégiaque, Honoré entremêle passé et présent, convoquant Catherine Deneuve, Fabrice Luchini, Melvil Poupaud dans un casting à la croisée des cinémas européens.
  • À retenir : Film ovni sélectionné à Cannes, “Marcello Mio” pose la question du double, de l’identité, et surtout de la transmission – avec douceur, humour, et une once de nostalgie pop.





5. Un cri à la nuit : “Le Comte de Monte-Cristo” par Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte

Ce que le cinéma aime par-dessus tout, c’est renaître de ses braises littéraires. Après “Les Trois Mousquetaires”, place à “Le Comte de Monte-Cristo” (sortie : 28 juin 2024), promesse d’un grand geste romanesque à la française.

  • Pari d’adaptation : Plus de 2h45 pour faire revivre l’esprit de vengeance d’Edmond Dantès, porté par Pierre Niney – l’un des rares acteurs de sa génération à pouvoir passer du burlesque intimiste (voir “Yves Saint Laurent”) à l’épique classique.
  • Avec ambition : Tournage en décors naturels, partition orchestrale de Guillaume Roussel, ambition revendiquée de faire du cinéma d’aventure “à l’ancienne” sans céder aux sirènes purement numériques (source : AlloCiné).





6. Les pépites à ne pas manquer : échos de Cannes et perles indépendantes

Outre les mastodontes évoqués plus haut, ce mois de juin/juillet réserve des œuvres discrètes mais indispensables, souvent issues des sélections cannoises ou du circuit indépendant.

  • “La Plus Précieuse des marchandises” de Michel Hazanavicius (sortie : 20 juin 2024) – Premier film d’animation pour l’auteur de “The Artist”, adaptation du conte de Jean-Claude Grumberg, narration sobre pour traiter la Shoah à hauteur d’enfant. Un choc de délicatesse, ovationné à Cannes.
  • “Kinds of Kindness” de Yórgos Lánthimos (sortie : 26 juin 2024) – Le réalisateur de “The Favourite” et “Poor Things” poursuit ses explorations absurdes : triptyque moderne sous acide, où le malaise côtoie la grâce, servie par Emma Stone et Jesse Plemons. Un cinéma de la cruauté, mais jamais gratuit.
  • “The Substance” de Coralie Fargeat (sortie : 19 juin 2024) – Sensation du dernier Festival de Cannes, ce film de genre body horror porté par Demi Moore revisite les codes de Cronenberg avec une puissance graphique et politique rare.

Tableau récapitulatif des films à l’affiche

Titre Réalisateur/trice Date de sortie Genre À voir pour…
Furiosa : Une saga Mad Max George Miller 22 mai 2024 Action/SF Ses cascades réelles, son univers post-apo, son montage virtuose
Un p’tit truc en plus Artus 1 mai 2024 Comédie Inclusivité, humour tendre, succès populaire
La Planète des singes : Le Nouveau Royaume Wes Ball 8 mai 2024 SF/aventure Progrès technique, parabole écologique
Marcello Mio Christophe Honoré 22 mai 2024 Comédie dramatique Réflexion sur l'identité, casting d’exception
Le Comte de Monte-Cristo Alexandre de La Patellière, Matthieu Delaporte 28 juin 2024 Aventure Grande fresque, retour au romanesque
La Plus Précieuse des marchandises Michel Hazanavicius 20 juin 2024 Animation Conte, émotion, sujet historique fort
Kinds of Kindness Yorgos Lanthimos 26 juin 2024 Drame/absurde Expérience formelle, satire féroce
The Substance Coralie Fargeat 19 juin 2024 Horreur Body horror, revendication féministe





S’ouvrir à la diversité des récits : blockbusters et voix singulières

Ce panorama démontre la vitalité d’un paysage où le grand spectacle croise l’introspection, où l’artisanat côtoie l’innovation numérique. Le cinéma, loin d’être un art figé, se redessine sur chaque écran, traverse crises et mutations tout en restant le miroir, parfois déformant, de nos aspirations.

Assister à une projection ce mois-ci, c’est prendre part à un dialogue entre esthètes et novices, entre déflagrations sensorielles et silences habités, entre passé revisité (“Monte-Cristo”, “Marcello Mio”) et fictions du possible (“Furiosa”, “Planète des singes”). Chacun, selon sa sensibilité, y trouvera un pan d’univers à explorer : le rire partagé, le frisson collectif, la réflexion solitaire.

À l’heure où la salle de cinéma se pense menacée par la domesticité des écrans et la vitesse des sorties SVOD, les films cités ici témoignent d’une urgence vivante : celle qui pousse à éteindre son téléphone, à s’asseoir dans le noir, et à se laisser surprendre – ne serait-ce qu’un instant, un plan, un battement de cœur visuel. Les lumières ne s’éteignent jamais vraiment pour celui ou celle qui veut voir naître, devant ses yeux, d’autres mondes.