La boussole du cinéphile : quels films voir absolument en salle cette semaine ?

2 janvier 2026

Le cinéma français à l’honneur : entre mémoire et vertige contemporain

1. « Par-delà les collines » de Claire Simon

Sorti ce mercredi, le nouveau film de Claire Simon prolonge sa démarche documentaire, mais cette fois, elle brouille davantage les frontières entre réel et fiction. Dans « Par-delà les collines », la réalisatrice d’Le Concours (2017) accompagne une communauté villageoise confrontée à l’installation d’éoliennes. Ce n’est pas seulement une chronique rurale : Simon parvient à filmer le vent, le passage du temps, les divisions intimes. Peu de cinéastes savent comme elle conserver la rugosité du vécu dans chaque plan. Pour les amateurs de plans-séquences discrets mais puissants, une œuvre à ne pas rater.

  • À savoir : Ce film a été sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes 2024 (Les Inrocks).
  • Durée : 1h52

2. « Le Tableau » d’Olivier Masset-Depasse

Le réalisateur belge signe ici son retour attendu avec un thriller familial inspiré d'un fait divers des années 2000. Plus qu’un simple exercice de style, « Le Tableau » joue sur les ellipses, le hors-champ, et l’art du montage heurté pour faire naître une angoisse grandissante. C’est un film sur la perception, sur ce qu’on voit ou choisit d’ignorer — avec Veerle Baetens, magnétique, dans un rôle qui rappelle les ambiguïtés d’un Claude Chabrol version XXIᵉ siècle.

  • Festival : Prix du public au Festival de Namur 2024
  • Durée : 1h37





Le grand spectacle : quand l’image prend tout l’écran

3. « Furiosa: Une saga Mad Max » de George Miller

Peut-on parler de cinéma sans évoquer ce que Miller, à 79 ans, continue de faire pour le film d’action ? Après les polémiques et spéculations déchaînées lors de la première à Cannes, Furiosa s’affirme nettement comme le blockbuster d’auteur de l’année. Si « Mad Max: Fury Road » misait sur la frénésie et l’épure, ce prequel glisse plus volontiers sur les zones d’ombre du personnage, porté par Anya Taylor-Joy, magnétique et mutique. Quelques chiffres : un budget estimé à 168 millions de dollars (Source : BoxOffice Mojo), un tournage titanesque étalé sur 7 mois en Australie, et près de 200 cascades synchronisées par la même équipe que pour Mad Max: Fury Road. George Miller ose encore le grand écran comme terrain de toutes les folies visuelles : le panoramic scope y convoque autant l’ouest américain que les déserts post-apocalyptiques, et la bande-son martèle comme une transe primitive (Tom Holkenborg, alias Junkie XL, revient à la composition). Séance immanquable pour qui veut que le cinéma s’empare de tout le corps.

  • Budget : 168 millions $
  • Cannes 2024 : Sélection hors-compétition
  • Absolument en salle pour l'expérience sonore et visuelle

4. « The Watchers » d’Ishana Night Shyamalan

Déjà première sensation du box-office US, ce premier film de la fille de M. Night Shyamalan joue la carte du film de genre atmosphérique. Dakota Fanning y incarne une jeune femme coincée dans une forêt irlandaise, observée par des forces invisibles. Ishana N. S. n’est pas qu’une héritière : elle signe une mise en scène soignée, usant du hors-champ, du son immersif, et d’un jeu sur le point de vue qui multiplie les angles d’interprétation.

  • Sortie États-Unis : plus de 10 millions $ sur son premier week-end (Source : The Hollywood Reporter)
  • Pour les amateurs de frissons sans jumpscares inutiles





Fenêtres sur le monde : documentaires et cinéma engagé

5. « Made in Bangladesh » de Rubaiyat Hossain (Ressortie 2024)

Sorti en 2019, ce film ressurgit en version restaurée après avoir gagné une pertinence tragique au regard de l’actualité du textile mondial. Hossain mêle enquête sociale et portrait de femme : Shimu, ouvrière à Dacca, lutte pour ses droits face à l’exploitation. Plans serrés dans les ateliers, cadrages sur les mains, montage syncopé : le geste documentaire rappelle le cinéma de Ken Loach autant que celui d’Agnès Varda. À l’heure où le Rana Plaza refait surface dans les débats, ce film rappelle aussi le pouvoir politique du cinéma.

  • Quinzaine des Réalisateurs 2019
  • Ressortie nationale : Juin 2024

6. « Winter Boy » de Christophe Honoré

Jamais un film sur le deuil adolescent n’aura été aussi précis dans sa façon de capter les tâtonnements émotionnels. Le film, sorti début juin, suit Lucas, 17 ans, dans sa collision brute avec la perte de son père. La manière dont Honoré filme le visage d'un adolescent, dans des cadrages volontairement instables, rappelle le Brisseau des années 90. Un récit à la fois pudique et sensoriel, où la temporalité éclatée épouse les fragments de la mémoire. Le film a d’ailleurs été salué par la critique pour la performance vibrante de Paul Kircher, qui a remporté le prix Louis Delluc du meilleur espoir masculin 2024.

  • Prix Louis Delluc du meilleur espoir masculin 2024
  • Pour qui ? Ceux qui croient encore en un cinéma capable d’explorer la faille, pas seulement le spectacle.





Cinéma d’ailleurs : nouvelles voix & explorateurs d’images

Film Pays Réalisateur/Autrice À surveiller
« Black Tea » Côte d’Ivoire Abderrahmane Sissako Un récit sur la migration et l'amour, présenté à Berlin 2024
« Bye Bye Tibériade » France/Palestine Lina Soualem Documentaire sur la mémoire familiale et la Palestine, César du meilleur doc 2024
« Monster » Japon Hirokazu Kore-eda Drame multi-perspectif, récompensé à Cannes pour son scénario

Chacun de ces films, dans leur langue, leur tempo, leur lumière, propose un autre rapport au monde. Inutile de les opposer : le cinéphile y gagne un éventail d’expériences, du sensible à l’intellectuel.






Petites salles, grands chocs : dénicher les perles cachées

  • « Le Grand Passage » de Yang Zhang : une chronique chinoise sur le carrefour des générations, discrète et touchante, vue à Deauville Asia 2024.
  • « How to Have Sex » de Molly Manning Walker : sur la sexualité adolescente sans vernis, primé à Cannes dans la section Un Certain Regard.
  • « Anatomie d’une chute » de Justine Triet : qui poursuit sa trajectoire internationale avec son Lion d’Or à Venise — toujours en salle, à voir pour Sandra Hüller, incandescente.





Perspectives : vibrer le cinéma dans le tumulte de l’actualité

Qu’on aime frémir devant l’opulence furieuse de « Furiosa », scruter les rides d’un village chez Claire Simon ou traverser les frontières avec Abderrahmane Sissako, la semaine en salle reste multiple. Les chiffres du CNC confirment une douce reprise de la fréquentation fin mai : +15 % par rapport à l’an dernier, avec près de 2,8 millions d’entrées la semaine dernière (CNC). Le cinéma n’est pas réservé à un cercle d’initiés ou circonscrit au “grand événement” : il suffit souvent d’un film choisi au hasard, d’un plan lumineux, d’un travelling inattendu, pour que la séance devienne expérience. La Vidéosphère, si elle a une conviction, c’est celle-ci : la salle n’a jamais autant été ce lieu d’exploration, de rencontres et de révélations. Chaque projection, qu’elle soit de festival ou d’art et essai, de multiplexe bondé ou de salle confidentielle, est un monde à conquérir. À vos fauteuils, découvreurs du septième art : la semaine est là, dense, brûlante, taillée pour ceux qui veulent voir le cinéma vivre, ici et maintenant.