Au-delà des tranchées : L’humanisme flamboyant de « La Grande Illusion »
1937, au petit matin. La pellicule frémit et avec elle, la promesse de la lumière. La Grande Illusion s’ouvre non sur le fracas des canons, mais sur la...
Explorer le 7ᵉ art, une image à la fois.
Sorti ce mercredi, le nouveau film de Claire Simon prolonge sa démarche documentaire, mais cette fois, elle brouille davantage les frontières entre réel et fiction. Dans « Par-delà les collines », la réalisatrice d’Le Concours (2017) accompagne une communauté villageoise confrontée à l’installation d’éoliennes. Ce n’est pas seulement une chronique rurale : Simon parvient à filmer le vent, le passage du temps, les divisions intimes. Peu de cinéastes savent comme elle conserver la rugosité du vécu dans chaque plan. Pour les amateurs de plans-séquences discrets mais puissants, une œuvre à ne pas rater.
Le réalisateur belge signe ici son retour attendu avec un thriller familial inspiré d'un fait divers des années 2000. Plus qu’un simple exercice de style, « Le Tableau » joue sur les ellipses, le hors-champ, et l’art du montage heurté pour faire naître une angoisse grandissante. C’est un film sur la perception, sur ce qu’on voit ou choisit d’ignorer — avec Veerle Baetens, magnétique, dans un rôle qui rappelle les ambiguïtés d’un Claude Chabrol version XXIᵉ siècle.
Peut-on parler de cinéma sans évoquer ce que Miller, à 79 ans, continue de faire pour le film d’action ? Après les polémiques et spéculations déchaînées lors de la première à Cannes, Furiosa s’affirme nettement comme le blockbuster d’auteur de l’année. Si « Mad Max: Fury Road » misait sur la frénésie et l’épure, ce prequel glisse plus volontiers sur les zones d’ombre du personnage, porté par Anya Taylor-Joy, magnétique et mutique. Quelques chiffres : un budget estimé à 168 millions de dollars (Source : BoxOffice Mojo), un tournage titanesque étalé sur 7 mois en Australie, et près de 200 cascades synchronisées par la même équipe que pour Mad Max: Fury Road. George Miller ose encore le grand écran comme terrain de toutes les folies visuelles : le panoramic scope y convoque autant l’ouest américain que les déserts post-apocalyptiques, et la bande-son martèle comme une transe primitive (Tom Holkenborg, alias Junkie XL, revient à la composition). Séance immanquable pour qui veut que le cinéma s’empare de tout le corps.
Déjà première sensation du box-office US, ce premier film de la fille de M. Night Shyamalan joue la carte du film de genre atmosphérique. Dakota Fanning y incarne une jeune femme coincée dans une forêt irlandaise, observée par des forces invisibles. Ishana N. S. n’est pas qu’une héritière : elle signe une mise en scène soignée, usant du hors-champ, du son immersif, et d’un jeu sur le point de vue qui multiplie les angles d’interprétation.
Sorti en 2019, ce film ressurgit en version restaurée après avoir gagné une pertinence tragique au regard de l’actualité du textile mondial. Hossain mêle enquête sociale et portrait de femme : Shimu, ouvrière à Dacca, lutte pour ses droits face à l’exploitation. Plans serrés dans les ateliers, cadrages sur les mains, montage syncopé : le geste documentaire rappelle le cinéma de Ken Loach autant que celui d’Agnès Varda. À l’heure où le Rana Plaza refait surface dans les débats, ce film rappelle aussi le pouvoir politique du cinéma.
Jamais un film sur le deuil adolescent n’aura été aussi précis dans sa façon de capter les tâtonnements émotionnels. Le film, sorti début juin, suit Lucas, 17 ans, dans sa collision brute avec la perte de son père. La manière dont Honoré filme le visage d'un adolescent, dans des cadrages volontairement instables, rappelle le Brisseau des années 90. Un récit à la fois pudique et sensoriel, où la temporalité éclatée épouse les fragments de la mémoire. Le film a d’ailleurs été salué par la critique pour la performance vibrante de Paul Kircher, qui a remporté le prix Louis Delluc du meilleur espoir masculin 2024.
| Film | Pays | Réalisateur/Autrice | À surveiller |
|---|---|---|---|
| « Black Tea » | Côte d’Ivoire | Abderrahmane Sissako | Un récit sur la migration et l'amour, présenté à Berlin 2024 |
| « Bye Bye Tibériade » | France/Palestine | Lina Soualem | Documentaire sur la mémoire familiale et la Palestine, César du meilleur doc 2024 |
| « Monster » | Japon | Hirokazu Kore-eda | Drame multi-perspectif, récompensé à Cannes pour son scénario |
Chacun de ces films, dans leur langue, leur tempo, leur lumière, propose un autre rapport au monde. Inutile de les opposer : le cinéphile y gagne un éventail d’expériences, du sensible à l’intellectuel.
Qu’on aime frémir devant l’opulence furieuse de « Furiosa », scruter les rides d’un village chez Claire Simon ou traverser les frontières avec Abderrahmane Sissako, la semaine en salle reste multiple. Les chiffres du CNC confirment une douce reprise de la fréquentation fin mai : +15 % par rapport à l’an dernier, avec près de 2,8 millions d’entrées la semaine dernière (CNC). Le cinéma n’est pas réservé à un cercle d’initiés ou circonscrit au “grand événement” : il suffit souvent d’un film choisi au hasard, d’un plan lumineux, d’un travelling inattendu, pour que la séance devienne expérience. La Vidéosphère, si elle a une conviction, c’est celle-ci : la salle n’a jamais autant été ce lieu d’exploration, de rencontres et de révélations. Chaque projection, qu’elle soit de festival ou d’art et essai, de multiplexe bondé ou de salle confidentielle, est un monde à conquérir. À vos fauteuils, découvreurs du septième art : la semaine est là, dense, brûlante, taillée pour ceux qui veulent voir le cinéma vivre, ici et maintenant.