Vers d’autres possibles : quand la marge devient centre
« Chien de la casse » n’est pas un film de banlieue comme un autre parce qu’il choisit de retourner la perspective. En refusant le spectaculaire, il montre que la véritable violence, mais aussi la beauté, naît de l’ordinaire, du détail, des failles minuscules. C’est cette humilité — ou cette exigence — qui permet au film de déplacer la question : il ne s’agit plus d’habiter la marge, mais d’en faire le centre d’une nouvelle cartographie émotionnelle.
Le cinéma français sort régulièrement de ses rails institutionnels pour proposer de telles machines à vivre et à sentir. En 2023, le genre “film de banlieue” est peut-être enfin en train de muer : plus poreux, plus transversal, moins assigné à une identité de repli ou à une “mission” sociale qu’il doit remplir.
Il y a, dans « Chien de la casse », cette promesse : qu’on peut encore surprendre, déplacer, respirer autrement. Les marges ne sont pas des périphéries à stigmatiser, mais des territoires intérieurs où le cinéma, s’il accepte d’y plonger, peut tout révéler de nous — et de nos entraves, de nos fidélités, de nos désirs.
Des films comme celui-ci rappellent que la Vidéosphère, c’est aussi cela : voir au-delà des codes, sentir les fractures, vibrer du dehors comme du dedans.