Au-delà des tranchées : L’humanisme flamboyant de « La Grande Illusion »
1937, au petit matin. La pellicule frémit et avec elle, la promesse de la lumière. La Grande Illusion s’ouvre non sur le fracas des canons, mais sur la...
Explorer le 7ᵉ art, une image à la fois.
En 2025, la science-fiction n’est plus seulement le laboratoire des grands studios américains. Certes, les hardwares des géants persistent : on pense à Dune : Deuxième Partie de Denis Villeneuve, sorti en mars 2024, qui a cartonné dans plus de 80 pays (source : BoxOffice Mojo) et dont les choix esthétiques (simulation de tempêtes de sable, “véhicules biologiques”) influencent tout un pan du blockbuster.
Mais la SF mute. Le genre migre aussi vers l’intériorité, les marges, l’intime. Plus de 40% des films SF présentés en compétition à Berlin ou à Sundance en 2024 étaient produits hors Hollywood, d’après le rapport annuel du Variety. On observe une montée fulgurante des cinémas sud-coréen, indien ou sud-américain, qui bricolent des mondes (presque) sans effets spéciaux : on retiendra The Moon is Hiding de Kim Bora ou l’argentin Ruinas, bijoux d’ancrage dans le présent incertain.
Impossible de parler de science-fiction aujourd’hui sans évoquer l’ombre portée de l’intelligence artificielle. Après la grève historique des scénaristes en 2023 aux États-Unis — dont l’une des causes majeures était l’utilisation de l’IA dans l’écriture — le cinéma SF s’est réinventé autour de questions troublantes sur l’originalité, le rapport à la machine et la place de l’humain dans la création.
Ce glissement s’observe autant dans la forme que dans le fond :
Cette fusion – ou cette tension – entre l’humain et la machine infuse le genre profondément. On n’avait pas vu depuis longtemps de cinéma jouer ainsi la carte de l’hybridation à la source, jusqu’à ce qu’il devienne lui-même le laboratoire de ses propres peurs.
L’un des motifs essentiels de la SF en 2025, c’est le vert-de-gris des paysages dévastés. À l’ère de l’Anthropocène, la science-fiction délaisse peu à peu les catastrophes spectaculaires au profit d’une inquiétude plus diffuse, plus sensorielle : la “solastalgie”, ce néologisme désignant la détresse psychique liée à la destruction de son environnement.
Ici, la narration ralentit, s’évapore, explore les mondes après le désastre plus que l’instant du chaos. C’est la sensation de l’après, la couleur des lendemains — comme le disait Tarkovski : “Le cinéma, c’est le temps capturé en fuite.”
2025 est aussi l’année de la porosité totale entre grand écran, série digitale et expériences interactives. Les frontières, déjà fragiles, cèdent sous la poussée des nouveaux usages :
| Format | 2022 | 2025 (prévision) |
|---|---|---|
| Longs-métrages cinéma | 52% | 44% |
| Séries/mini-séries streaming | 34% | 42% |
| Expériences VR/AR | 8% | 13,7% |
| Formats mixtes/transmedia | 6% | 10,3% |
Source : Grand View Research, Festival Scope, CNC
La SF contemporaine ne se contente plus de recycler les codes esthétiques hérités de ses classiques. Ce qui s’invente en 2025, c’est une nouvelle grammaire des images, entre éloge du low-tech et hyper-sophistication numérique.
Quelques tendances marquantes :
Des cinéastes comme Alex Garland (Civil War) ou l’équipe de Bliss Protocol (nouvelle vague polonaise, 2025) prennent le contrepied du spectacle pour saisir l’étrangeté banale du monde qui advient : un futur qui ressemble trop au présent, mais où chaque détail menace de basculer.
“Je crois que la science-fiction, c’est la littérature des possibles. Ce n’est pas tant la prévision qui l’anime, mais la projection de nos failles et de nos espoirs.” (Margaret Atwood, Festival du film de Toronto, 2024)
Les grands auteurs et autrices du genre persistent à le dire : la SF ne vise pas à prédire, mais à interroger : “Ce n’est pas la technologie qui change le monde, c’est le regard qu’on porte dessus” (Claire Denis, conférence à la Cinémathèque Française, juin 2024).
Le plus frappant dans le paysage 2025, c’est cette capacité de la science-fiction à être à la fois un espace de résistance, de jeu et d’expérimentation. À interroger activement le présent, parfois mieux que la satire ou le drame “réaliste”.
Si l’on devait garder une sensation de cette année mouvementée, ce serait peut-être celle d’un cinéma en friction perpétuelle, où l’horizon des possibles s’ouvre autant du côté de la technologie que de celui de l’émotion primaire. Un cinéma qui, loin du rêve froid d’un futur désincarné, travaille le trouble, l’intime, la peur du désastre mais aussi les lueurs du désir et de l’utopie.
Dans la Vidéosphère comme ailleurs, les mondes que fabrique la science-fiction sont moins des réponses que des questions lancées à l’obscurité. Et c’est peut-être cela, finalement, qui la rend plus actuelle – et essentielle – que jamais.