Au-delà des tranchées : L’humanisme flamboyant de « La Grande Illusion »
1937, au petit matin. La pellicule frémit et avec elle, la promesse de la lumière. La Grande Illusion s’ouvre non sur le fracas des canons, mais sur la...
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Respirer l’obscurité, attendre la montée du logo Marvel – ce rituel, jadis promesse d’évasion, a pris une tournure étrange devant « The Marvels ». Pas d’effervescence, mais une légère lassitude, comme un écho amorti. Ce n’est ni le rejet, ni vraiment le désintérêt, c’est l’impression diffuse d’assister à la répétition d’un geste qui, naguère, électrisait. Sur l’écran, des couleurs plus saturées, des répliques calibrées, des effets spéciaux en rafale… mais l’étincelle fondatrice semble s’être évaporée. Le trouble naît alors : ce film est-il le symptôme d’une perte de vitesse plus profonde du colosse Marvel ?
La trajectoire chiffrée de « The Marvels » pose un diagnostic indiscutable. Sorti en novembre 2023, le film ouvre à 46 millions de dollars sur le sol américain selon Box Office Mojo (source) – le plus faible démarrage de l’histoire du MCU, loin des 153 millions du premier « Captain Marvel » (2019) et jusqu’alors perchée dans le trio de tête côté rentabilité féminine.
À l’international, le rapport de force ne s’inverse pas : en clôture d’exploitation, « The Marvels » stagne sous la barre des 205 millions de dollars mondiaux, chiffre modeste face à un budget estimé entre 220 et 270 millions (marketing inclus), largement insuffisant pour rentrer dans ses frais – un échec commercial inédit pour un film labellisé Marvel Studios. La moyenne critique, quant à elle, vacille : Metacritic affiche un timide 50/100, Rotten Tomatoes recense à peine 62 % d’avis positifs côté presse (source).
Tout le paradoxe de « The Marvels » se cristallise dans sa dynamique interne : volonté d’injecter une dose de légèreté et de nouveauté (la scène musicale, audacieuse sur le papier), mais incapacité à faire exister visuellement cette singularité. Le plan fige, le rythme s’accélère – mais le spectateur reste extérieur, jamais touché.
On retrouve le même phénomène lors des séquences spatiales : là où « Gravity » de Cuarón inventait à chaque plan un vertige sensoriel, le film de Nia DaCosta semble prisonnier d’un cahier des charges visuel, avec peu de latitude laissée à l’organicité de la caméra. Même les effets spéciaux paraissent prisonniers d’une surenchère lassante. L’univers Marvel, autrefois laboratoire de l’image numérique, est-il devenu son propre simulacre ?
Cette crise se vérifie par la réception spectateur : sur IMDb, la note glisse sous les 6/10, et le « CinemaScore » offre un rare B, confirmant la tiédeur du bouche-à-oreille (The Hollywood Reporter).
| Film | Année | Recettes Monde (M$) | Démarrage US (M$) | Note Rotten Tomatoes |
|---|---|---|---|---|
| Avengers : Endgame | 2019 | 2 798 | 357 | 94% |
| Spider-Man: No Way Home | 2021 | 1 921 | 260 | 93% |
| Doctor Strange 2 | 2022 | 955 | 187 | 74% |
| Ant-Man & The Wasp: Quantumania | 2023 | 476 | 104 | 46% |
| The Marvels | 2023 | 205 | 46 | 62% |
Ce tableau suggère à la fois une érosion du box-office, une baisse tendancielle des critiques, et une difficulté croissante à fédérer au-delà du noyau dur de fans.
S’il est un paradoxe frappant, c’est celui-ci : plus l’univers Marvel s’est complexifié, plus il semble s’être fermé. La puissance des premiers films ne tenait pas tant au spectacle qu’à la capacité de capter une émotion, un vertige, un trouble. Ce n’est plus un hasard si beaucoup de grands cinéastes (Villeneuve, Bong Joon-ho, Scorsese encore) appellent à revenir vers une “cinéphilie à hauteur d’homme”.
Quelques pistes de renouvellement émergent :
Le cinéma de genre vit de ses mutations et de ses interférences avec le monde. La “marvelisation” s’est peut-être emmêlée dans son propre code génétique. L’apparent faux-pas de « The Marvels » est, vu sous cet angle, moins la fin d’une ère qu’un appel d’air. Un moment de bascule où le cinéma d’effets pourra, peut-être, renaître à sa propre nécessité.
Regarder « The Marvels », c’est contempler l’épuisement d’une formule mais c’est aussi se souvenir du pouvoir collectif de la salle obscure : celui de rassembler, de surprendre, de questionner ce que nous sommes devenus face à la fabrique industrielle des images. Derrière la chute des chiffres se niche un espoir, ténu mais réel, que l’imaginaire redevienne ce laboratoire imparfait où le cinéma puise ses plus beaux vertiges.
L’essoufflement de Marvel n’est pas qu’un revers de marché, c’est l’occasion — peut-être — de redéfinir ce que peut un film populaire quand il ose à nouveau défier l’attendu, pour offrir autre chose qu’un simple produit, mais bien une expérience à vivre et à ressentir pleinement.