La chimère comme figure centrale : mythe et métaphore
La chimère, dans la tradition gréco-romaine, désigne un animal composite – lion, chèvre, serpent – mais le mot évoque aussi le fantasme, l’impossible, le mirage. Arthur, le héros, poursuit tour à tour ses chimères : son amour perdu, la promesse d’un trésor, un apaisement intérieur.
Le film l’inscrit dans une quête qui ressemble à une dérive. Arthur est doté, mystérieusement, d’un « don » de sourcier : son corps ressent la présence des objets enfouis, comme s’il dialoguait avec l’invisible. Cette aptitude rend l’incertain tangible, mais en même temps creuse son isolement, le plaçant à la marge entre le monde des vivants et celui des morts.
Rohrwacher cite souvent Calvino ou Fellini pour rappeler que le merveilleux italien n’est jamais séparé du quotidien. « La Chimère », comme « Huit et demi », déploie des visions qui n’effacent pas la trivialité du réel, mais s’y enchâssent.