Première image, premier vertige : l’indicible à fleur d’écran
Un mur ocre, des enfants qui jouent dans un jardin, la lumière horizontale d’une fin d’après-midi. Et, omniprésente comme une brume, une rumeur indistincte : des cris, le souffle grave d’une machinerie en marche. Quand « The Zone of Interest » commence, il ne montre rien, ou presque. Ou plutôt, il montre tout, mais autrement. C’est un film sur l’invisible, sur les marges. Un film qui, dès sa première séquence, replace le spectateur là où la morale vacille : dans le hors-champ.
Parce qu’à l’écran, la famille Höss, paisible et bourgeoise, s’affaire autour du foyer. Mais, de l’autre côté du mur — invisible, impensé, hors-focal — se joue l’innommable : la gestion quotidienne du camp d’Auschwitz. La simplicité glacée de ce dispositif fait du hors-champ plus qu’un procédé esthétique ou narratif : elle en fait l’espace moral du récit.