Un vent d’inédit souffle sur Los Alamos
Il y a des films où l’Histoire flotte comme une poussière de bombe atomique, insaisissable et omniprésente, dont on respire la moindre particule jusqu’à l’étouffement. « Oppenheimer » appartient à cette trempe rare : pas un simple biopic, mais bien une radiation, une onde de choc qui traverse la chronologie linéaire pour sonder la manière dont un homme — et, à travers lui, un siècle — oscillent entre génie, éthique et abîme moral.
À première vue, la trajectoire de J. Robert Oppenheimer épouse les contours classiques du genre : origines, apogée, chute. Mais ce qui retient instantanément, c’est l’impossibilité de se fondre dans la tiédeur confortable du récit balisé. Christopher Nolan renverse le sablier du biopic, déployant une grammaire visuelle et narrative en friction permanente avec les codes.