Quand Netflix attire les auteurs : ambitions artistiques et limites
Pourtant, des cinéastes mythiques ont sauté le pas. On se souvient de la tempête autour de Roma (Alfonso Cuarón, 2018), filmé dans un noir et blanc sculptural, pensé pour le grand écran, mais majoritairement vu… sur Netflix. “Si on veut que le cinéma d’auteur survive, il faut prendre des risques,” confessait Cuarón au New York Times.
Idem pour The Irishman (Scorsese, 2019). Près de trois heures trente, initiatique et crépusculaire, impossible à financer par Hollywood “classique”, devenu réalité grâce à la plateforme. L’intrigue gagne en ampleur, la distribution vibre avec De Niro et Pacino, et le montage s’affranchit du formatage de plus en plus strict imposé aux blockbusters de salles.
- Jane Campion a décroché le Lion d’Argent à Venise (2021) avec The Power of the Dog, production Netflix, mettant fin à douze ans d’absence cinématographique.
- Noah Baumbach a vu son Marriage Story acclamé aux Oscars, révélant Adam Driver et Scarlett Johansson dans une rupture d’anthologie.
- Le Palm Dog 2023 a été attribué à Bambi du film Netflix Bambi: The Reckoning (humour critique, mais reflet du paysage changeant).
Mais si la plateforme attire les signatures, certains parlent d’une “Netflixisation” du style :
- Formats longs adaptés au binge-watching, segmentation en épisodes ou chapitres mous.
- Palette visuelle moins audacieuse, tendance à l’image hyper-propre, trop lisse (on accuse parfois un “look streaming”, évoqué sur IndieWire ou The Guardian).
- Pensée algorithmique : priorité à l’engagement des spectateurs, donc à la facilité narrative ou à la “rejouabilité”.