Mutations du public : la naissance du spectateur-éditeur
Ce qui change, c’est aussi — et surtout — le regard. Le streaming instaure une chronologie intérieure, un “temps choisi” — là où la salle imposait une temporalité collective. En 2022, 74 % des 15-24 ans déclaraient préférer « attendre la VOD ou le streaming » à une sortie en salle (source : CNC/BVA).
Cette facilité a un prix :
- Le visionnage fractionné et « multitâche » (plus de 36 % des spectateurs mondiaux déclarent “faire autre chose” pendant un film sur Netflix, selon Screen Rant)
- La perte du rituel collectif : la salle, théâtre du partage sensible, devient l’exception, le streaming la norme.
- La tentation du zapping permanent : la diversité d’offre engendre aussi la volatilité du choix (voir les analyses de Pierre-Yves Lochon, Numerama).
Mais si le streaming isole, il fédère aussi. Le hashtag #FilmTok, les soirées Netflix Party, les micro-communautés Discord, signalent d’autres formes de sociabilité, fragmentées mais réactives.
“On ne va plus au cinéma, on va au film ”, disait Godard. Désormais, on **fait venir** le film à soi — et parfois, on l’oublie dès le générique final.