Perfect Days : table rase ou transmission ?
Au terme du film, le sentiment qui subsiste n’est ni le manque ni la frustration, mais un état particulier de disponibilité. Tout comme Hirayama cultive ses plantes dans l’ombre, son existence minuscule transmet — subrepticement — une leçon de lumière. Le minimalisme de Wenders n’est donc ni rupture ni refus, mais un espace de transmission, un passage de relais entre générations de spectateurs.
Alors que les succès commerciaux annonçaient la victoire du grand spectacle et du récit surchargé, le parcours en salles de « Perfect Days » surprend : au Japon, le long-métrage a surpassé les prévisions initiales et engrangé près de 1,2 million de spectateurs à la fin de 2023 (source : The Japan Times, 28 décembre 2023). En France, il a séduit 360 000 spectateurs en moins de deux mois (source : Box Office Mojo). Plus qu’un récit sur le « peu », c’est celui de la résistance de l’attention, de la mémoire, de la disponibilité.
Faire du minimalisme une force narrative, c’est croire secrètement à la capacité du cinéma à dire l’essentiel au cœur même de l’insignifiant. C’est là, peut-être, qu’est la réussite la plus éclatante de « Perfect Days » : ne rien imposer, tout offrir, et ouvrir, dans les interstices du quotidien, le seuil d’un infini discret.