L’horizon ouvert : le cinéma moderne comme promesse
Ce que Les 400 coups a inauguré, c’est une ère où le cinéma se donne le droit de douter, d’hésiter, de bifurquer. Plus personne ne viendra, après Truffaut, dicter au film sa manière de raconter, de cadrer, de terminer. Il ne s’agit pas seulement de faire bouger la caméra, mais de faire vaciller ce qui semblait acquis : l’idée même d’enfance, de famille, d’autorité. Le film a ouvert une brèche, et le cinéma contemporain n’a jamais cessé de s’y engouffrer, où que ce soit dans le monde.
« Le cinéma moderne commence avec ce plan de dos, ce garçonnet qui court voir la mer, et la caméra qui, tout à coup, s’arrête », écrivait Serge Daney (Cinéma, n°288). Et d’ajouter : « Plus qu’un film, Les 400 coups invente la possibilité même d’un spectateur libre. »
Plus de soixante ans après, on entre dans Les 400 coups comme dans une chambre noire jamais refermée. Où chaque nouvelle vision, chaque génération, trouvera l’écho de ses propres désordres. Le cinéma moderne, finalement, est ce qui continue à faire vibrer l’enfance — notre enfance. La mer est toujours là, immense, ouverte, indéfinie.