Percevoir autrement : les classiques à la lumière de leur époque… et de la nôtre
Chaque classique demeure irrigué par l’époque de sa création. Comprendre les symboles de « Casablanca », sa morale sacrificielle ancrée dans les années 40, n’est pas un réflexe immédiat pour un spectateur du XXIe siècle, nourri d’individualisme contemporain.
La même scène, la même musique, ne résonnent pas de la même façon. On redécouvre souvent la radicalité de Griffith (malgré ses controverses), la force politique d’Eisenstein, les fulgurances féministes de Lina Wertmüller ou Agnès Varda, à mesure que notre grille de lecture évolue. Aujourd’hui, certains classiques sont interrogés à l’aune de représentations contestées : le racisme de Autant en emporte le vent, le sexisme dans certains films noirs ou westerns, suscitent débats, coupures, contextualisations (voir : The New York Times, « What’s a ‘Classic’ Film?», 2020).
C’est aussi le talent du cinéma de résister aux simplifications : chaque projection, chaque visionnage, ajoute une strate de sens, parfois inattendue, parfois contradictoire. Voir ou revoir « Le Mépris » de Godard après #MeToo, ou les Marx Brothers à l’ère du stand-up, c’est ouvrir des palimpsestes. « Ce qui me plaît dans le cinéma, disait Truffaut, c’est la possibilité de vivre plusieurs vies en une seule. »