Rashômon aujourd’hui : le miroir éclaté du spectateur
Dans un monde saturé d’images, où chaque réseau social offre sa propre version de la réalité, Rashômon résonne peut-être plus fort que jamais. Les spectateurs de 1950 pouvaient croire naïvement à la possibilité du récit unique ; ceux d’aujourd’hui, déjà baignés dans le relativisme numérique, trouvent dans Rashômon non une étrangeté, mais un avertissement et une invitation.
Un film qui n’explique pas mais questionne. Un puzzle conscient de manquer une pièce. Kurosawa n’a pas simplement inventé un nouveau genre de récit : il a libéré le cinéma de l’illusion du tout-dire, pour laisser naître, dans les interstices de la fiction, le sentiment du possible et de la vérité partagée.
Le plan se ferme, la pluie s’arrête. Mais rien n’est résolu. C’est ici, dans cette brèche, que le cinéma peut — et doit — se réinventer.
- Pour aller plus loin :
- Donald Richie, The Films of Akira Kurosawa (California Press, 1965)
- Peter Cowie, Akira Kurosawa: Master of Cinema (Rizzoli, 2010)
- “Kurosawa et l’Occident”, NHK Documentary (2011)
- La Cinémathèque française