Fellini : carnaval intime, subjectivité onirique
L’écran, champ de rêve
Chez Fellini, la subjectivité se transforme en orgie baroque, en cirque éblouissant. Dès La Strada (1954), mais surtout avec 8 ½ (1963) et Amarcord (1973), le cinéma devient l’espace où le rêve, le souvenir, le fantasme s’entrelacent sans hiérarchie.
Federico Fellini disait : “Le cinéma est un mensonge à travers lequel on parvient à la vérité.” On le voit : la réalité ne l’intéresse plus tant que la perception. La structure narrative implose, laissant place à l’association libre, à l’errance psychique.
Mise en scène de l’esprit : dispositifs et signes
- Montage chaotique : Scènes qui se juxtaposent, fluctuations de temporalité, absence de repères objectifs ({8 ½}).
- Dissolution du décor : Les lieux s’effacent, glissent du réalisme vers l’allégorie (Juliette des esprits, 1965).
- Auto-fiction : Guido (Marcello Mastroianni) est alter ego évident du cinéaste dans 8 ½, brouillant toute frontière entre auteur, personnage et spectateur.
Visuellement, le subjectif explose : surabondance de mouvements de caméra, travellings circulaires, plongées dans le rêve avec des surimpressions, des costumes extravagants… Toute la panoplie du cinéma, au service d’une introspection collective, voire universelle.
Tableau comparatif : usages de la subjectivité chez Fellini et Bergman
|
Bergman |
Fellini |
| Clé visuelle |
Minimalisme, épure, visages |
Baroque, foisonnement, masques |
| Temporalité |
Fracturée, introspective |
Délirante, mélancolique |
| Musique |
Absence ou classicisme (Bach, Chopin) |
Truculence de Nino Rota |
| Rapport à la vérité |
Doute, quête du réel intérieur |
Acceptation du rêve comme vérité |
Dans 8 ½, on passe d’un rêve de suffocation à une répétition de chorégraphie surréaliste, puis à l’enfance, avant de revenir à la torpeur adulte. À chaque reprise, la subjectivité ne vient plus fragmenter le récit : elle devient le récit.