Un genre bouleversé : la guerre sans l’épopée
L’absence de combat comme choix radical
Avant La Grande Illusion, le film de guerre, dans l’imaginaire collectif comme dans la production cinématographique, était dominé par l’héroïsme, le patriotisme, la glorification de l’acte de bravoure. La guerre, mise en scène, servait de miroir aux valeurs nationales, d’arène aux sacrifices individuels. On pense, par exemple, au The Big Parade de King Vidor (1925) ou à l’aéronautique Wings (1927), qui privilégiaient la fresque mouvementée.
En 1937, alors que l’Europe tremble à l’approche d’un nouvel orage, Renoir fait coup double : il choisit la Première Guerre mondiale pour mieux parler de la suivante, et il retire à la guerre son habit de spectacle. Dans tout le film, aucune bataille n’est montrée. Les seules armes visibles sont celles des gardiens ou, dérisoire, le pistolet posé sur la table de Rauffenstein. Le conflit devient le prétexte, jamais le centre ; on saisit d’abord et surtout les conséquences humaines.
Les chiffres qui parlent
- Budget du film : environ 5 millions de francs de l’époque (source : Cahiers du Cinéma), ce qui en faisait l’une des grosses productions françaises du moment.
- Plus de 12 millions de spectateurs estimés en France et à l’étranger lors de sa première exploitation jusqu’en 1940 (BFI).
- Le film est interdit par Goebbels en Allemagne dès 1937, banni en Italie la même année, et retiré de l’affiche à la demande de Vichy en 1940. Preuve de sa force de subversion.