L’écriture, la réplique, la musique : le langage de l’âge d’or
Les dialogues, entre classicisme et modernisme
« Casablanca » s’offre le luxe d’aligner les citations immortelles comme des perles rares – « Here’s looking at you, kid », « We’ll always have Paris », « I think this is the beginning of a beautiful friendship ». Ce n’est pas une simple question d’écriture brillante : c’est la marque d’une époque où le verbe, travaillé jusqu’à l’os, rythme la dramaturgie comme un solo de clarinette chez Benny Goodman.
- Le mélange d’ironie et de gravité (Rick, tout en fêlures et en détachement, qui oscille entre lucidité et mélancolie).
- Une dimension presque surréaliste (l’humour grinçant du Capitaine Renault, le stoïcisme sinueux de Major Strasser).
- La capacité à rendre immédiatement iconique la moindre phrase, au point d’en faire des slogans générationnels.
À Hollywood dans ces années-là, le scénario est roi, mais le dialoguiste est empereur. Howard Koch confiera avoir puisé aussi bien dans Shakespeare que dans les cabarets new-yorkais (American Writers at Home, J. Koprince, 2010).
La partition de Max Steiner : entre romance et chaos
Difficile d’imaginer « Casablanca » sans la valse mélancolique de As Time Goes By. Pourtant, Max Steiner, compositeur attitré du studio, n’en voulait pas. Il souhaitait écrire un thème original ; l’histoire retiendra que l’actrice Dooley Wilson avait déjà tourné sa scène au piano, impossible à refaire. Choix contraint, génie du hasard… cette chanson va devenir, d’une certaine façon, l’ADN du film, la bande-son du souvenir.
- La musique chez Steiner n’accompagne pas, elle infiltre chaque scène, souligne l’indicible (la Marseillaise chantée pour défier l’occupant).
- Il y a là tout le climat sentimental de l’âge d’or : des cordes amples, des leitmotiv faciles à mémoriser, un ton parfois sentimental sans basculer dans la mièvrerie.